La Californie, ses trésors, notre Mustang V6 (1er acte)

Publié le par 3643eur

Et nous avons osé. Pour faire une « pause » dans nos circonvolutions asiatiques, pour respirer un autre air, tâter de vrais hamburgers, et opérer une sorte de pèlerinage aux sources du monde digital et culturel – soyons honnêtes - nous avons sauté au-dessus du Pacifique pour jouir pendant trois semaines des plaisirs californiens. Et quel bonheur que de vivre le rêve ! Voici comment.

 

Nous quittons Hanoi après un dernier repas dans la rue avec Thanh, un délicieux bol de pâtes au riz avec son lot de verdure odorante et de boulettes de viande. Ce talent des Vietnamiens à installer leurs cuisinettes sur n’importe quel bout de trottoir nous manquera, on le sait. On se souviendra des centaines de plats, bols, barbecues qui passaient par tous les goûts et toutes les saveurs.

 

 

13. Premier coup d'oeil au soleil californien

 

On embarque en soirée, ciao Vietnam, rebonjour Japon 6 heures plus tard. L’effet n’a pas changé, on est électrisés au moment même de fouler les tapis de l’aéroport. Quelques mètres et déjà un mur de « plats stratifiés ». On vous avait parlé de cette délirante façon de faire nippone qui consiste à mettre en vitrine des restaurants une reproduction en plasticine des plats qu’on y trouve ? Et bien, c’est l'usage et on choisit les sashimis qui nous caleront le temps de nos 6 heures de pause. Puis le long vol, et l’arrivée aux US, comme dans un film.

 

 

10. Welcome to Venice beach

 

 

Oui, le décor, la lumière, les bâtiments, les dégaines, tout correspond parfaitement à ce que nous, trentenaires joviaux, on a vu et voit toujours dans nos films et séries. Oui, notre culture est d’abord américaine, et il n’y a aucun miracle là derrière. On se rend compte d'ailleurs, et avec une telle évidence, que le reste du monde peine à faire sa place dans ce créneau, en tout cas chez nous... Reste que le territoire que l’on survole avant de se poser est juste mystérieusement beau. La luminosité aspire les pupilles, ça sent les vacances, le fun, la beauté.

 

Le douanier souhaite « bonne chance » à Yannick au moment de lui tamponner son passeport. On se demande toujours ce qu’il voulait dire. D’autres officiers se promènent avec leurs chiens à truffe savante. Il y en a pour tous les goûts. Petit gros, chien de chasse avec les oreilles qui traînent par terre, et un bon gros berger allemand qui versera un bon demi de bave sur mon sac alors que j’étais sur le point de passer le portail.

 

 

15. La Mecque du surf

 

Nous sommes un peu dans le coton à cause de notre vol, des escales et du décalage horaire, mais après tous ces mois de jonglage entre lieux et fuseaux, on s’en moque. Disons plutôt qu’on sent le remue-ménage dans nos biorythmes mais on piétine tellement d’aller explorer cette généreuse virgule posée sur la carte de l’Amérique du Nord qu'on est donc à fond au moment de se saisir de la Ford Focus pour nos trois jours à Los Angeles. "Un GPS ?", demande l'employé. A 14$ par jour, ce n'est pas nécessaire, je sais lire les panneaux, on s’en sortira.

 

19. Los Angeles City

 

C’est cela oui. On n'a pas fait 400 mètres que nous voilà plongés dans un néant géographique et que la signalisation, quand il y en a, n’indique rien de valable pour le bleu touriste. Venice Beach et ses bodybuilders avec lesquels on a décidé de commencer pour créer l’ambiance risquent de nous attendre un moment. Alors gaz, et retour à la case départ pour, humblement, rajouter le précieux boîtier qui cause tout seul à nos frais de location.

Seulement voilà, « faire juste le tour du pâté de maisons » est une expression qui doit résonner comme un haïku à l’oreille de n’importe quel Américain, qui plus est habitant de Los Angeles. En passant, un haïku est un type de poème japonais propre à la tradition zen. Il est sensé créer un sentiment de paradoxe chez le lecteur et l’amener à considérer l’univers au-delà de toute opposition, et, dans certains cas, d’atteindre l’éveil. On en apprend des choses à nous lire, n'est-ce pas?

Donc, on manque de se perdre en faisant ce tour, qui nous a pris, d’ailleurs, pas moins de 10 minutes. Et dire ce mini pèlerinage a la taille d’un micro-confetti sur la carte de la ville ! Et voici d'entrée l'une des caractéristiques des States : c’est immense. Et pas que le territoire.Tout est grand, très grand, toujours. Difficile à comprendre d’ailleurs qu’ils s’occupent autant de la régence du monde quand il y a encore tant à découvrir et à faire chez eux. Je dis ça car, de l’utilisation du territoire à l’éducation en passant par l’agriculture, il y a du job, pour le pays le plus puissant du monde. Mais bon, qui vivra verra.

 

10 minutes plus tard, donc, succès, on repasse le portique. Penauds, on capture le GPS, puis c’est gaz, cette fois pour de vrai, avec cap sur Venice beach, enfin, l’un des hauts lieux de la ville. Pourquoi ? Parce qu’on y trouve des salles de musculation en plein air et sur la plage, qu’un hippie vieillissant vous invite à unir vos paumes et à tendre vos bras vers le ciel pour sentir la mystique vibration de l’amour vous traverser - ça marche, quand est en amoureux en tout cas -, que pour 40$ des docteurs vous signent des prescriptions pour acheter votre marijuana en toute légalité, que Mitch Buchannon scrute les vagues un peu plus loin, que les chiens portent les mêmes lunettes de soleil que leurs proprios gays. Bref, une sorte de « totale » de bon matin. Et il y en aura beaucoup tout au long de cette mémorable ballade US.

 

12. Thanksginving's and 2012's shark

 

On a débarqué le jour de Thanksgiving, LA fête où tout le monde se retrouve en famille pour manger LA dinde fumante et odorante. Du coup, le bord de mer est noir de monde, et de styles car vraiment personne ne travaille. Nous on a faim – d’ailleurs, les trajets en avion, ça creuse, c’est une constante. Et parce qu’on a enchaîné des plateaux repas grassouillets jusqu'alors, on se dirige vers quelque chose de plutôt léger sans être inconsistant non plus.

Alors pourquoi pas une salade césar et des nachos ? Vendu. En attendant, nos bières arrivent, enfin de vraies ambrées - delicious! Puis les plats se matérialisent, et là le choc. Yannick disparaît derrière sa pile de chips au maïs, et moi j’observe l’œil sidéré l’océan de verdure teinté de rouge et de blanc, qu’on a propulsé sous mon nez. Cette marmite est donc pour moi seul ? Et oui, welcome, again, chez l’Oncle S.. Comme s’ils avaient un immense vide à remplir, ou qu’ils cultivaient un « syndrome du Lilliputien» où tout doit être plus grand, plus gros, qu’eux, les Américains consomment comme des ogres, tout ce qui passe. Voilà pourquoi ma salade ressemble à une piscine.

Toutefois, et parce que l’organisme humain est sensiblement doté des mêmes capacités partout sur terre, ils recourent largement aux doggie bags ou « containers » dans le texte si l’on veut faire un peu bien, soit des boîtes en plastique pour emporter ce que l'on aurait pas mangé. Comme ça, on comprend mieux…Vraiment ?

 

16. LA piscine de verdure

 

En fait, c’est exactement cela qu’on venait y chercher, au fond. La démesure, le fait d’aller au delà en tout, le fait de vivre comme si demain n’existait pas. Un peu égoïste tout ça ? Les Américains l’assument, et leur vision du monde a tellement déteint sur la nôtre… Comme de grands gosses, ils aiment s’amuser, profiter de la vie, être heureux tout le temps. En Californie, ce rêve se veut réalité. Se veut car pas tout le monde n’y a droit ou n'y accède, évidemment. En taillant la route en cette fin de novembre et ce début de décembre, nous nous rendrons compte de cela. Des possibles que certains ont réalisés, et, aussi, du prix à payer lorsque cela se passe mal.

 

Notre premier lieu de chute nous offrira un vibrant exemple des Etats-Unis qui ne gagnent pas. Yannick a trouvé un backpacker à bon prix dans l’un des quartiers chauds de LA. Mais ça on l’ignorait. Pour voir à quoi cela ressemble, il suffit de s’enfiler 60 secondes de n’importe quel clip de rap gangsta et le ton est donné. En détail cela donne des successions de maisons plus ou moins décrépies, des ombres qui circulent sous le soleil dans des rues désertes la plupart du temps, des jardinets pelés où s’excitent des grappes de molosses.

Par chance, la maison est en bordure du quartier, et dans un zone nettement moins désespérante. Dans le dortoir, on est six. Un fils d’Américaine insomniaque, une étudiante en réalisation ghanéenne dépressive, une graphiste haïtienne muette par choix et la copine suédoise de l’Américain qui semble elle, un peu mieux équilibrée. Un joli carton qui crée un sentiment bizarre. Un sentiment qui se renforcera au moment d’aller souper – les Français qui nous lisent traduiront ce charmant « romandisme ». Il y a peu de restaurants ouverts puisque tout le monde est censé être en famille. Pourtant, quelques enseignes ne ferment pas.

 

L'adresse était fausse et nous mangerons chez un Indien entourés de solitaires. Mais avant d'en arriver là, nous avions  programmé notre GPS. Et là stupéfaction: on nous annonce une distance de 18 miles, soit environ 25 kilomètres. Et c’est toujours dans LA, pas sa périphérie. On touche ici à la seconde grande découverte autoroutière : LA n’est pas une ville mais une étendue de bâtiments connectés par des centaines de kilomètres d’autoroutes qui tricotent en tous sens et dans lesquels on ne s’emmêle que trop facilement. C’est la ville-voiture par définition. Et du coup, les exceptionnels piétons passent pour des raretés aussi étranges que les éléphants du cirque Knie traversant le centre-ville de Genève pour aller se baigner dans le Léman.

 

21. Les alentours d'Universal Studios

 

Notre séjour se fera chrono en main. L’oisiveté et l’insouciance sont réservées aux plages thaïlandaises. On a tellement peu de temps sur place que chaque jour est précieux. Yannick m’attire pourtant un jour entier à Universal Studios. Ok pour aller voir l’envers des décors, mais passer du stand « Shrek » au barques de « Jurassic Park » en faisant un détour par les modules de « Transformers », bof. Pourtant, on y sera passés. Et chapeau, toutes les animations avaient de quoi faire en sorte qu'on s'en souvienne, en bien.

Si les montagnes russes ont égayés nos grands-parents et parents, le voyage en trois dimensions au sein même de la bataille de Transformers fige par son réalisme. De même notre plongeon dans le monde délirant et simpliste des Simpsons. Mais le clou sera définitivement la visite des studios en plein-air.

 

26. Wisteria Lane - ok, ça commence à dater

 

 

Notre bus est passé par Wisteria Lane, repère des (feu?) Desperate housewives. Il a longé le lac où gigote, bien vorace, le requin des Dents de la mer. Il est resté un bon quart d’heure dans une station de métro qui expérimente un tremblement de terre avec flammes, déluge, et même un camion entier qui manque de fondre sur vous, littéralement. Les embardées de Fast & Furious ? On les vues, depuis l'envers du décor toujours, avec des Golf montées sur des bras articulés qui s’envolent en l’air comme un hochet dans la main d’un poupon, le tout couronné de flammes de 10 mètres. Et puis il y a aussi, comme ça étalé sur des dizaines de mètres, un Boeing 747 juste après son crash dont Spielberg avait besoin un jour. La fumée sort encore de partout, les rangées de sièges tordus sont à l’air libre, un réacteur n’en finit pas de s’arrêter de tourner. On est admiratifs du réalisme et de la qualité de ce que nous avons vécu. La rigueur et le fonctionnement parfaitement huilé de tout le site nous a vraiment impressionné.

 

 

24. Il le fallait

 

 

A noter que, dès qu’il s’agit de montrer, faire découvrir, à l'instar d'un musée, d'un lieu historique ou d'une exposition, les Américains affichent un savoir-faire rôdé et efficace. L’ennui est banni – évidemment -, il y en a toujours pour tous les âges, et le contenu est attractif, séduisant, bien pensé pour que le message passe.

A ce propos, le lendemain, notre humble Focus s’est parquée dans les entrailles du Petersen automotive museum. Un vrai joyau de musée automobile consacré à la voiture et son histoire du côté ouest du pays. Entre hot rods, une exposition temporaire sur le design italien, une autre sur les recherches en aérodynamisme, des voitures de films – dont une mythique batmobile par exemple -, et une reconstitution, modèles originaux à l’appui, de l’évolution de l’automobile, le tour d'horizon est complet. On en est ressortis encore plus fêlés de carrosseries et de moteurs – en tout cas pour moi.

 

 

35. Italian design, encore!

 

 

Côté véhicules justement, soyez prêts à de très authentiques haut-le-coeur en conduisant sur place. Et à LA encore plus. Les bretelles d’autoroutes se chevauchent et tournicotent dans un trafic qui fonce, quoi qu’il arrive. On change de voie dans tous les sens, on bifurque, on plante les freins. Un très bon entraînement pour le rallye.

Mais surtout, on y croise des monstres routiers qui ne sont pas des camions – presque innocents, en comparaison. Non, imaginez plutôt des pickups, soit un genre de véhicule utilitaire avec un avant de jeep parfois aussi gros qu’un nez de semi-remorque, mais gigantesque. Ajoutez pour certains des suspensions outrageusement rehaussées et des pneus trois fois plus gros que les originaux – qui sont déjà très costaux –, et voilà le travail. Et comme tout le monde cause à son portable, rêvasse ou interagit dans l’habitacle, la majorité en oublie presque qu’ils sont en train de conduire. Alors quand on croise un de ces bahuts ou en dépasse, on fait profil bas, on accélère, on se déporte. Bref, on fait n’importe quoi pourvu que le Monstre passe au loin.

 

 

38. Je veux!

 

 

Nous aurons encore le temps de visiter une superbe exposition sur « le print », soit sur ce qui se fait en matière d’impression aujourd’hui. C’était au Hammer Museum, à ne pas manquer si vous passer par là. Revenant sur la définition même d’une police jusqu’à la présentation des ouvrages les plus modernes, fruits d’une recherche extrême entre contenu, graphisme et mise en scène, avec des touches de digital parfois, on s'est trouvé séduits par la richesse de cet univers.

 

 

32. Lénine, tout luisant, dans la rue

 

 

Puis ce fut bientôt l'heure de rouler sur la « one-o-one », l’autoroute 101, celle qui longe la côte en direction de San Francisco. En connaisseurs-frimeurs-esthètes, on avait fait le choix d’avoir, pour ces trois jours, une vraie machine, un authentique mythe, quelque chose dont le souvenir ferait des étincelles quand on y repenserait. Bref une Ford Mustang décapotable.

Le jour-J, assez excités, on ramène la Focus – dont on gardera le GPS – pour l’Echange. Et: drame, il n’y en a pas de disponibles. Le parking déborde de voitures dans tous les sens mais les seules décapotables sont d’affreuses Chrysler ou Chevrolet que même le chef comptable de la place d’arme de Thoune aura renié. Dépité, l’âme sombre, je retourne au guichet. Pas de jouet donc pour les grands gosses. L’american dream venait de se prendre une rafale de plombs dans l’aile.

Sauf que..., Voilà, le centre de location est américain, donc immense, avec des vagues de toits divers qui s’étendent à l’infini. Peut-être que, après tout… ? On me dit que l’employé qui reçoit et prépare les véhicules y pourra peut-être quelque chose. La flamme d’un espoir s’allume. Et sympa comme vrai vendeur de glace italien, le latino préposé extrait Das Auto encore toute humide de son dernier lavage du labyrinthe de tôles. Victoire et joie, nous avons notre destrier, qui ronronne comme un félin. On tombe le toit, et c’est gaz - toujours - pour le Nord, au 2ème acte.

 

41. Pilotage de Mustang!

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Commenter cet article

Voyage Californie 17/06/2013 14:17


En ce moment au Hammer Museum il y a une expo Richard Artschwager, c'est dans un genre tout aussi loufoque tu pourrais apprécier ;)

Flavie 22/01/2013 08:47


It seems awesome!!! :D