Népal – Haute altitude, au top!

Publié le par 3643eur

Sommes-nous vraiment au pied de l’Himalaya ? Pourquoi nous liquéfions-nous sous cette chaleur torride ? Il n’est pas 9h du matin pour cette première journée de marche que le soleil tape déjà fort. Ce sera pire plus tard, et cette météo d’enfer durera quatre jours, le temps de prendre de l’altitude.

Notre second porteur est arrivé. Il s’appelle Subadur, annonce 17 ans au compteur mais en fait 14, et sifflote à la place de parler. Ce sera même de cette manière qu’il répondra à nos questions. Etrange et attachant ado. Sinon, c’est un sourire et des gloussements. Absolument adorable et étonnamment solide sur ses deux gibaules épaisses comme des roseaux, ce sera aussi la première fois qu’il traverse le Larke Pass.

 

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L’équipe est prête, on décolle, et on trace le cœur léger, le pied vif. On a les crocs de bouger après s’être abandonnés au luxe japonais. Alors gaz. Bientôt on sème Sonam et Tsiring. Les porteurs, eux, font leurs propres horaires. Notre enthousiasme fait sourire Sonam, qui lui prend son temps.

Sonam est un gaillard solide de 29 ans. Calme, bedonnant, et fier d’être un sherpa, il nous montre dès le départ qu’au Népal on ne se presse pas. « Bistari », Soit lentement. C’est le mot d’ordre, le mantra sacré, de ceux qui patrouillent dans ces montagnes. Seulement voilà, la règle doit être appliquée en haute altitude pour que l’acclimatation se fasse dans les meilleures conditions. Là, surtout, oui, ne pas se presser permet de mettre un max de chances de son côté. Mais pour ce début, cela n’était pas vraiment nécessaire. Alors puisqu’il n’y a qu’une route, on avance, puis on l’attend. Puis on observe les papillons et d’autres bestioles. Et on l’attend, etc.. Ce rythme en alternance sera la règle le plus souvent.

 

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Le circuit autour du Manaslu n’a été ouvert que récemment par les autorités. Le mode de vie traditionnel reste donc peu touché par le tourisme qui se fait chaque année plus présent. Les guesthouse commencent toutefois à pulluler et on en croise du monde venu d’Occident sur ces sentiers alpestres. Mais cela n’a pourtant rien à voir, dit-on, avec le tour des Annapurna ou la route d’accès au camp de base de l’Everest où les bouchons hétéroclites de mules, de touristes et de porteurs peuvent bloquer le « trafic » pendant 2 heures au passage d’un pont suspendu. Ça, on ne l’aura pas eu, joie ! Ce secret relatif dans lequel vivent encore les vallées de la région laisse donc voir un monde magique, d’un autre âge. Et la circulation ininterrompue de mules, ombrageuses et courageuses bestioles ne rappellerait pas, au fond, la Suisse alpine d’avant la révolution industrielle ? Et que dire des conditions de vie, où le froid se fait intenable en hiver, où le bois est rare et la nourriture aussi ? De vieilles photos de villages valaisans, une observation détaillée d’un mayen préservé suffisent à voir que le Népal a quelque chose d’un lointain cousin.

 

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Cette rudesse rend encore plus beaux les paysages. Les couleurs explosent en brillant sous un soleil ardent. La nature frémit de partout avec des animaux petits et grands dans tous les coins – y compris des petits rats qui vous passent sur le sac de couchage – ou les jambes nues - la nuit pour poursuivre leur route… Les papillons en particulier valent des toiles de maître, ou des essais graphiques über contemporains. On verra aussi des langurs gris jouer à la balançoire dans une « aire » de jeu et piller un peu le champ dans lequel on les repèrera uniquement grâce à leur magnifique longue queue ondulante. Bref, les yeux restent ouverts, les sens en alerte, surtout au moment où une vache tente de m’encorner au détour d’un virage. Par chance, et pour je ne sais quelle valable intuition, je m’y attendais. J’ai donc pu escalader un bout de talus à côté tandis que la mémé baragouinait, je pense, un ordre, absolument sans effet, le tout en agitant mollement un petit bâton tordu. La prochaine fois, j’éviterai peut-être aussi le t-shirt + sac-à-dos rouges…

 

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La montée se poursuit avec le fameux Dal bat au menu le soir. Le Dal bat, c’est le bon plan quand on a très faim. Il se compose d’un plat – au sens littéral du terme – remplit de riz, d’un curry, et de pommes de terres différemment apprêtées, avec une galette en prime. A part le riz, les autres éléments peuvent beaucoup varier. Mais là où c’est fantastique, c’est que l’on vous ressert à profusion, sans devoir payer plus. Donc quand ça creuse, aucune hésitation. L’hésitation viendra peut-être de la répétition puisque c’est le plat par définition. Par chance Kumbu Shangri-La offre le choix à ses clients de sélectionner dans les menus plus ou moins grands des auberges ce qui leur ferait plaisir. Ça c’est le luxe. On a vu d’autres touristes punis de mauvais spaghettis durant 3 semaines.

L’ascension, qui occupe l’essentiel des trois semaines puisque la redescente dure 5 jours en moyenne, nous fait passer d’un climat tropical aux déserts de roche et de glace de très haute altitude. C’est la région qu’on préférera. Plus l’on monte, plus les pics se font majestueux, énormes. La rareté de l’air, l’intensité du soleil, l’évanescence des couleurs créent une atmosphère comme hors du monde. Il est, quelque part, compréhensible que le bouddhisme se soit tant développé dans ces régions reculées, dures et élevées. La vie y est rude, à tenter de rassembler la rare nourriture, à résister aux éléments, à vivre en société malgré tout cela. Cela rend les habitants puissants, courageux et accueillants. Ils s’habituent également au nombre croissant de touristes, et développent quelques nouvelles habitudes – rien qu’à travers les menus des guesthouse par exemple, avec des plats probablement très nouveaux pour eux, comme la pizza de chapati !

 

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Le spectacle se fait de plus en plus lunaire à mesure que nous approchons du camp de base du Manaslu, que nous visiterons histoire de travailler notre acclimatation et de retrouver Tsiring le temps d’un vrai café italien, Tsiring qui atteignait le sommet la veille. La végétation se ratatine, les yaks sont de plus en plus nombreux et le décor absolument splendide. Ce n’est que découpes de sommets, contrastes de lumières, pentes droites, roches endormies, vent faisant tourbillonner les nuages, toujours sous un soleil éclatant.

A Samagon, à la tombée de la nuit, en me promenant dans aux abords d’un monastère avec Yannick, j’ai la chance et le privilège d’apercevoir un léopard des neige, le félin aussi mythique que secret de l’Himalaya.

A Samdo, pour travailler encore notre acclimatation, nous escaladons la pente douce du Pana Dara, un somment à 5300 mètres donnant sur deux vallées qui vont vers le Tibet, juste voisin. La vue est dantesque, suspendue dans le temps.

 

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Désormais, les choses sérieuses commencent. Le col n’est plus qu’à deux jours de marche avec une nuit à passer à Daramsala, un refuge planté à 4600 mètres - rien à voir avec l’actuelle demeure du Dalaï Lama. On y arrive tôt dans l’après-midi et on enchaîne Yannick, deux frères anglais et moi pour une ballade « sur la lune » tellement les paysages sont pelés. On y voit une grosse quinzaine de barhals, des ovins/caprins d’altitude, cousins des bouquetins, et couverts d’un superbe pelage gris-bleu.

 

Au refuge nous retrouvons les membres français et bolivien d’une expédition qui a fait le sommet du Manaslu. Après l’accident, certains ont renoncé, d’autres l’ont fait malgré tout. Cette avalanche et, surtout, la question des secours qui ont suivi, a beaucoup occupé les esprits. Incohérences, incompréhensions entre Népalais et étrangers, retards, attentes peut-être démesurées des uns, nonchalance parfois intolérable des autres. Bref cet accident a rappelé que l’homme n’a rien à faire si haut, que c’est un grand risque, et que la montagne reste la grande patronne qui décide de tout. Ceci dit, pour ceux que ça intéresse, la tendance en montagne va maintenant à essayer à 8000 mètres ce qui se fait plus bas, par exemple le ski hors piste. Mauvaise idée dans ce cas. Nos amis nous expliqueront en effet que les skieurs qui avaient atteint le sommet ont trouvé leurs chaussures tellement refroidies qu’elles étaient presque inutilisables et que leurs descentes n’avaient rien de beau. « Ils descendaient un bout, se laissaient tomber pour récupérer, avant de recommencer après un virage et d’à nouveau devoir se reposer. Moche à voir, et pas de plaisir. », nous dira Aldo, l’un des guides.

 

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En soi, le passage du col est une ballade sur une pente douce jusqu’à une extrémité qui redescend plus brusquement dans la vallée suivante. Cette configuration souple a l’immense avantage de ne pas faire suer sang et eau à l’ascension, et d’offrir un panorama, encore, splendide. On voudrait se mettre en route comme prévu à 4h30… Mais il nous faut attendre 5h20, le temps que le potage de nos Népalais à nous soit enfin prêt et qu’ils soient sur pied d’attaque. C’est très rigolo de patienter quand il fait -10° et qu’on est moyennement équipés. La montée se fait dans le matin congelé avec le soleil qui se découvre petit à petit. Au passage, on réalise une vidéo pour le mariage de Sabrina et Matthias – que du bonheur, d’ailleurs ! – et on organise un petit jeu avec un frisbee pour montrer que ce sport est sans limites. Voici la vidéo – les petits sifflements sont de Subadur, comme quoi c’était vrai !

 

 

Nous profitons de ce spectacle invraisemblable, puis prenons le chemin d’une longue et raide descente qui durera 5 jours jusqu’en plaine. On repassera, en accéléré, à travers tous les types de paysages que nous avions déjà vus histoire de les apprécier à nouveau, et on foulera à la fin le circuit du tour des Annapurna, une véritable autoroute à randonneurs. Le contraste avec les sentiers que nous avions empruntés était vraiment saisissant.

 

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Suivent quelques jours à Pokhara, l’autre grande ville du Népal après Katmandou. Avec son lac, la vue splendide sur une chaîne de sommets au loin, elle est l’endroit où l’on se remplume, rase, lave, fait masser. Et où l’on réalise des rêves ! Une agence loue les fameuses Royal Enfield. Je ne résiste pas et avec Yannick, on file au son d’un gros deux-temps caverneux le temps d’une journée sur les routes – invraisemblables – du Népal. Grandiose. Le temps de passer deux jours à Katmandou, nous décollons avec un avion plein de pèlerins hindous pour Kuala Lumpur puis pour le Vietnam qui nous attend pour un bon mois.

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Céline 26/12/2012 08:53


Hello les amis!


Waow, juste magnifique ce trek, ça fait vraiment envie!!! Les photos sont super belles, faudra que vous me disiez ce que vous avez comme appareil photo! Et félicitations pour votre annonce de
mariage!!


On n'était pas très loin de vous il y a quelques semaines: au Laos! Les laotiens sont des gens hyper gentils et calmes. Leur devise: bô penyang = pas de problème! Ca fait du bien...


De belles fêtes de fin d'année à vous et à bientôt!


Céline


 

3643eur 01/01/2013 10:04



Youhou cool d'avoir de vos news!!


A fond il y en aura des choses à raconter au retour :-)) Génial le Laos... on a failli se voir alors, à la base c'était sur notre route!


Plein de voeux pour 2013 gros becs!!