Tu me fais tourner la tête

Publié le par 3643eur

Datong

 

Quel plaisir de voyager bien accompagnée ! Partagées, les découvertes vibrent plus fort encore. Au gré des pages du voyage, deux mémoires se souviennent des instants précieux. Oui, je souhaite aujourd’hui célébrer le véritable compagnon d’un voyage, l’Indispensable, au centre de l’attention, l’Aimant de mes pensées, Celui qui provoque d’affreuses nuits blanches en cas d’infidélité. Permettez-moi de chanter les vertus de ma douce moitié, celle qui brise les frontières, incarne rêves et images d’Epinal : le Précieux Passeport.

 

Au gré des aventures, nos liens se resserrent, Ô mon Cher !

 

Cher à mon cœur autant qu’à mon porte-monnaie, compte tenu des oboles nécessaires à l’orner comme il le mérite. Les Etats et autres Républiques le parent, très gracieusement, de tampons et autocollants divers, toutefois après de longues et onéreuses démarches. Nous avions été bien inspirés d’accomplir ces formalités avant le départ : en Mongolie, nombre de voyageurs continuaient leur périple vers Pékin, et l’obtention du visa chinois hantait les conversations dans l’auberge de jeunesse.

 

« Alors, tu l’as eu toi ? »

 

Plus facile de dompter un cheval mongol que de conquérir le fameux visa, bien plus sauvage. Ce laisser-passer requérait moult papiers, pour lesquels il fallait aussi… Chasser le Chinois ! Cette quête, aussi étrange qu’essentielle, conditionnait en effet l’obtention du papier. Le prétendant devait fournir une invitation d’un Chinois résidant en Chine, accompagnée d’une copie du passeport dudit Chinois. Même en faisant jouer ses relations, tout le monde n’a pas ce type de bonhomme dans son réseau. De plus, les Chinois se méfient, à juste titre probablement, et rechignent à envoyer une pièce d’identité à un quasi inconnu.

 

« J’ai une tête de Chinois peut-être ? »

 

Dans les rues d’Ulan-Bator, certains touristes, désespérés, abordaient les gens aux yeux plus bridés que les autres. Lorsque l’on sait qu’un Mongol d-é-t-e-s-t-e s’entendre dire qu’il ressemble à un Chinois, le côté périlleux de l’entreprise apparaît dans toute sa splendeur. Il semble que ce casse-tête administratif toucherait le peuple français en particulier. La République populaire aurait durci il y a peu ses lois, suite au viol d’un Chinois par une Française – ou l’inverse, plus personne ne se rappelle vraiment.

 

Au cœur des ténèbres

 

Mon beau passeport avait donc l’avantage de comporter tous les visas nécessaires. Depuis l’arrivée en Chine, sa valeur a, en outre, connu une courbe vertigineusement ascendante. Dans cette République fort contrôlée, il faut l’exhiber souvent, très souvent. Et plus l’on approche du Tibet, plus les policiers l’exigent, par des manières douces ou  moins subtiles. Le contrôle le plus truculent que nous ayons eu (pour l’instant !) eut lieu lors d’un voyage en bus couchettes (Louis a d’ailleurs parfaitement décrit ce périple dans le post précédent). Au cœur de la nuit, enfin endormis, nous voilà secoués par des militaires - surtout Louis car ils se gênent quand même un peu de secouer une fille. Le plus haut-gradé épluche alors le Précieux interminablement, assis à une table au cœur des ténèbres, dans le halo d’une lampe torche tenue par un subalterne. Scène surréaliste, que, je le sais, vous aimeriez voir en photo, mais comme j’ai quelques plans d’avenir, j’ai préféré la carte de la prudence.

 

Maman kangourou a perdu son petit

 

Le Précieux  Passeport m’est si cher que je le transporte le plus souvent sur mon ventre, dans une pochette discrète. Je le sens, là, tout contre moi, et je suis rassurée, je sais que rien ne m’arrivera. A peine sorti, examiné, contrôlé par les autorités, je le remets dans son berceau au chaud. Généralement, ça fonctionne très bien.

 

Malheureusement j’ai été, il y a deux jours, victime d’un coup classique. Le coup du papier oublié dans la photocopieuse (ça ne vous est jamais arrivé ?). J’avais besoin de photocopies de mon Précieux Passeport, dont un employé dans un magasin s’est chargé.  Il a toutefois oublié de me le rendre, et j’ai oublié de remarquer qu’il avait oublié. Bref, rien de grave en soi, j’aurais très bien pu le récupérer. Mais je m’en suis aperçue un peu tard, soit à 22h30. Ce magasin d’Etat était évidemment fermé (je crois que ça s’appelle les horaires de fonctionnaires), alors que celui adjacent, privé, ouvrait 24h sur 24 (je crois que ça s’appelle de l’exploitation). Au fait, pourquoi j’étais entrée dans ce magasin et pas l’autre?

 

Bon rien de dramatique, vous me direz qu’il suffisait d’aller le récupérer le lendemain matin, dès l’ouverture, à 9h. Toutefois, cela évoquait comme un léger contre-temps, notre avion pour Bali décollant à 8h10. Au milieu de la nuit, Louis est donc parti dans Kunming – 6 millions d’habitants - à la recherche de l’employé du magasin. Plusieurs merveilleux Chinois l’ont grandement aidé, mais l’oiseau s’était bien envolé pour la nuit avec les clés, et impossible de le contacter (c’est parce qu’ils n’ont pas Facebook en Chine). Pendant ce temps, je me renseignais sur  comment annuler ou déplacer un vol sans trop de frais – et aussi au cas où comment refaire mon passeport dans les plus brefs (longs ?) délais. Ce qui semblait très peu commode, mais je vous passe les détails.

 

Evidemment tout est bien qui finit bien, j’ai récupéré mon Précieux Passeport le lendemain à 9h05, l’ai remis au chaud dans sa pochette, après sa frileuse nuit dans la photocopieuse et ma nuit d’angoisse.

 

Sinon on décolle pour Bali demain matin et finalement on était très contents de rester un peu plus à Kunming avec d’autres belles découvertes. Mais, là il faut que je vous laisse, je dois me renseigner sur les formalités pour l’obtention du visa en Indonésie.

 

 

 

 

 

 

 

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Commenter cet article

Flavio 30/06/2012 15:49


J'ai testé les contrôles nocturnes de passeport en colombie... j'ai été reveillé mais la première chose que j'ai vu c'est la pointe d'un fusil... chose qui laisse un peu stressé quand je viens
juste de lire dans le journal (pourquoi je parle espagnol...) que un italien venait d'être tué par l'armé... :-)


J'espère que vous allez aimé Bali... île que j'ai adoré en 1992 et que j'ai detesté en 2012... il faut payer pour tout ce que vous aller faire. Mais les paysages restent magnifiques.